Au cours des dernières années, nous avons vu des agressions à outrance sur l’immunité du messager, lui faisant peser la responsabilité pour avoir simplement été porteur d’ un message.
Le résultat est une abolition radicale et catastrophique de notre liberté d’expression sur internet.

Il ne se passe pas une semaine sans qu’un site ne soit mis hors ligne parce-qu’une personne s’est opposée à son existence  Ceci aurait été inconcevable 20 ans auparavant, mais le monopole des droits d’auteurs a  empiété sur les libertés civiles à un degré que beaucoup n’ont pas encore réalisé.

Prenons l’exemple de la lettre postale. Elle incarne très bien ce que nous chérissons à propos de la liberté de parole et d’expression.

L’aspect clé de la lettre postale est le concept d’immunité du message : l’idée que le postier n’est jamais responsable du contenu du message qu’il transporte.
Pour illustrer à quel point ce principe est fondamental, nous pouvons considérer que le plus grand distributeur de stupéfiants dans presque tous les pays du monde est le service postal.

Pourtant, personne ne songerait à tenir responsable ce service postal pour le fait que certaines personnes l’utilisent pour faire passer de la contrebande. La responsabilité de cet acte ne repose que sur ceux qui envoient des stupéfiants par la poste, pas sur le système postal lui-même.

Si un directeur d’un service postal d’un pays pris au hasard était interrogé sur ce sujet, il aurait répondu « Effectivement, ceci est un problème. Mais ce n’est pas notre problème ». Et il aurait raison.

Pour des raisons inconnues, ce principe fondamental du droit ne s’applique pas sur internet, ce qui est un nouveau signe que les responsables politiques ne semblent pas se rendre compte qu’internet est pour de vrai, un manque de compréhension que le net fait vraiment partie du monde réel.

Cela est le résultat d’un lobbying soutenu effectué par des extrémistes du monopole du copyright auprès des responsables politiques – responsables politiques qui sont à un tel niveau de littérature numérique qu’ils demandent à leur secrétaire d’imprimer leurs e-mails. (J’aurais préféré inventer ça de toute pièce, mais ce n’est pas le cas)

Il en résulte un mic-mac de lois intitulées « Safe Harbors » – au départ faites pour protéger l’immunité du messager (prestataire technique) – mais où ces lois font actuellement l’opposé exacte, puisqu’elles introduisent des conditions pour cette immunité.

Plus spécifiquement, le messager n’est immunisé que tant que personne ne s’oppose au transport du message.

Le cas le plus tristement célèbre, est celui de la désastreuse loi DMCA aux Etats-Unis (équivalent LCEN en Europe), un mécanisme qui a graduellement et partiellement glissé vers les tribunaux de l’ EU par un certain nombre de précédents.

Lorsque les principes de la « Safe Harbors » sont écrits au conditionnel , et que vous risquez de voir votre responsabilité engagée pour ne pas avoir bloqué un message, la décision correcte professionnellement est presque toujours de supprimer le message pour ne pas risquer sa responsabilité.
Ce n’est pas la responsabilité du messager de protéger la liberté de parole en tant que telle : leur responsabilité est de faire fructifier une entreprise, et c’est comme cela devrait être.

Cela fait parti d’un amalgame délibéré entre des intérêts privés et nos libertés civiques; laissant peu à peu les intérêts commerciaux prévaloir sur les libertés civiques juste parce-que ces dernières s’exercent sur internet. Ce n’est pas acceptable.

Notre liberté d’expression ne devrait jamais devoir être protégée /dépendre d’intérêts commerciaux.
Elle a toujours été protégée comme une liberté politique et civile prépondérante. Il n’a jamais été de la responsabilité d’un chef d’entreprise en particulier de porter sur ses épaules la responsabilité de protéger la liberté d’expression d’une nation toute entière.

Malheureusement, cela nous laisse sans personne pour prendre la responsabilité de la liberté d’expression. La sentiment qu’il s’agit du résultat voulu par quelqu’un se glisse subtilement en vous.

Le but même de la liberté d’expression est de donner la possibilité à tout un chacun de dire des choses qui ne vont pas forcément dans le même sens que la majorité.

Vous n’aurez jamais besoin d’une constitution protectrice pour dire que les licornes, chatons et arc-en-ciel sont mignons.

La liberté d’expression est la liberté de déclarer ce que l’on veut pour quelque raison que ce soit avec l’intention de porter un message, soit à un destinataire spécifique ou au grand public.

Les discours politiques font plus que souvent référence à l’expression de quelqu’un d’autre et la mette sous un nouveau jour.

A ce point, les extrémistes du monopole du droit d’auteur ne sont jamais en retard pour clamer que la liberté d’expression n’est que la liberté de citer ses propres expressions, pas la liberté de diffuser les propos d’autres gens. Pour le traduire en termes techniques : cet argument n’est que « connerie ».

Quand je chante « Joyeux anniversaire » à quelqu’un, il est simple de constater que je le fais pour exprimer un message personnel au destinataire, en dépit du fait que cette chanson est sous le coup d’un droit d’auteur. C’est ce qui est implicitement véhiculé par l’incorrecte « expression de quelqu’un d’autre ».

Nous sommes actuellement sans système légal protégeant notre liberté d’expression sur internet, puisque les Fournisseurs d’Accès Internet (FAI) sont menacés à l’instant où quelque chose qui ne plait pas à quelqu’un est dit. Si cela s’était passé comme cela lorsque les services postaux ont été créés, nous n’aurions plus de service postal à l’heure actuelle. Ni même le téléphone, ou Internet.

L’immunité du messager est fondamentale et nous devons corriger cela. Ce doit être inconditionnel.

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Traduction collaborative réalisée sur Etherpad du parti pirate par AqmeBrak, Mouarf le noob, Un Flan, BBB,  Mars et Niko. Merci à eux !

Article source TorrentFreak

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